01-02-2013

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 LA GIULIETTA FETE SES 50 ANS

 

1954 : LA "GIULIETTA SPRINT" FAIT SES DEBUTS AU SALON DE TURIN
19 avril 1954, inauguration du 36ème Salon de l'Automobile de Turin : tous les projecteurs sont braqués sur la Giulietta Sprint, présentée quelques jours avant à la presse italienne. Le Salon turinois réserve de nombreuse surprises : la voiture exposée n'est pas le prototype "Lotteria" rouge qui avait été le protagoniste d'une cérémonie évocatrice, à grand renfort de figurants en costume, dans l'usine du Portello. En fait, la "Giulietta Sprint" exposée sur le stand Alfa Romeo, est peinte en Azur Capri et est dépourvue tant de hayon que de bouchon du réservoir à carburant.

A ce point, il est nécessaire de faire un pas en arrière. S'il est vrai que les lignes de la Giulietta Sprint ont été dessinées par la Carrosserie Bertone, il est tout aussi vrai que de nombreux stylistes ont participé à la naissance de ce nouveau coupé. En effet, la configuration initiale est l'œuvre de Giuseppe Scarnati, designer d'Alfa Romeo qui, entre 1951 et 1953, avait conçu et réalisé le premier prototype dans l'atelier Carrosseries Spéciales d'Alfa Romeo. Le résultat n'avait cependant pas séduit Francesco Quaroni, directeur général de la Marque, qui décida donc de faire appel aux stylistes Mario Boano (Ghia) et Franco Scaglione (Bertone). La collaboration entre les deux designers donna lieu à un premier prototype, mais Mario Boano fut appelé entre-temps à diriger le tout nouveau Centre de Style Fiat et dut donc abandonner le projet.

A ce point, Nuccio Bertone proposa avec détermination à Francesco Quaroni de mener le projet à terme. En s'inspirant de la mythique 1900 Sprint de 1951 et de sa version Super Sprint (avec une vitesse de pointe de 190 km/h, il s'agissait de la voiture "deux litres" la plus rapide de son époque), Bertone dessina la Giulietta Sprint avec une partie avant qui reprenait le stylème de la "1900" : une grille centrale et une série de "moustaches" qui délimitent les prises d'air, tandis que le groupe optique arrière est arrondi, sans feu de recul. Donc, si l'idée de la Giulietta a vu le jour au sein de l'entreprise (c'est le groupe d'étude d'Alfa Romeo, dirigé par Orazio Setta, qui commença d'élaborer en 1951 la Giulietta), la version définitive porte incontestablement la signature de Franco Scaglione des Carrosseries Bertone.

Charme et sportivité caractérisent cette voiture qui, selon les programmes du Constructeur, devait créer un climat de curiosité pour préparer l'arrivée de la Giulietta Berlina, prévue pour l'année suivante. C'est pourquoi ses volumes de production étaient au départ très réduits. Mais l'accueil réservé à la Giulietta Sprint changera complètement la donnée : après le Salon de Turin, tous les concessionnaires Alfa Romeo sont littéralement pris d'assaut.

Pour Bertone, le défi devient plus ambitieux : le carrossier turinois n'est certes pas en mesure de répondre à une telle demande. Mais le maître ne recule pas devant les difficultés. Pour y faire face, Nuccio Bertone fait appel à l'habilité des emboutisseurs qui travaillaient dans de petites entreprises turinoises. Ce sont eux qui lui fournissent les carrosserie en parties embouties à la main sur un gabarit de bois et en partie constituées de tôles estampées. C'est pourquoi les première Giulietta Sprint (12 unités seulement furent immatriculées en 1954) sont des pièces uniques, toutes différentes les unes des autres. A ce stade, la capacité d'invention et le courage ne font certes pas défaut ; toutefois, la demande prend d'énormes proportions, alors que le travail artisanal a des coûts exorbitants. Pour résoudre cette équation, Bertone inaugure en 1960 son nouvel établissement à Grugliasco, tout près de Turin, en transformant ainsi sa carrosserie en une réalité industrielle de renommée mondiale.

Mais revenons au Salon de Turin de 1954. La première Giulietta attire immédiatement l'attention des spécialistes et du public, comme en témoignent les 700 commandes reçues au cours du Salon. Le succès est d'autant plus formidable que cette voiture coûte plus de 1.700.000 lires, alors que le salaire moyen d'un ouvrier est de 40.000 lires et qu'un poste de télévision coûte 180.000 lires. A ce propos, la télévision italienne fête ses 50 ans en même temps que la Giulietta Sprint. Le 3 janvier 1954 est en effet la date officielle de démarrage des émissions : environ 4 heures par jour offertes à près de 24.000 abonnés de l'épique. 170.000 postes de télévision sont achetés en l'espace d'un an ; 350.000 en 1955 et plus d'un million en 1958.

L'Italie est en train de changer et sa modernisation s'effectue également au travers d'un nouveau moyen de communication qui accompagne et témoigne de cette période historique. A la veille du "boom" économique, le nouveau coupé Alfa Romeo voit le jour dans une époque en pleine effervescence.

Malgré ses dimensions compactes (elle mesure 3980 mm de longueur, 1540 mm de largeur et 1320 mm de hauteur), cette voiture se distingue par des lignes épurées, révolutionnaires pour son époque et toujours actuelles. Vue de côté, la Giulietta Sprint semble avoir expressément été conçue pour les compétitions : la garniture chromée du bas des portes est le seul détail décoratif de cette carrosserie élancée. Cette vocation sportive est d'ailleurs confirmée à l'intérieur, caractérisé par un sobre tableau de bord revêtu de tôle, regroupant le tachymètre, le compteur de kilomètre totalisateur et journalier, le compte-tours, les indicateurs de la pression et de la température de l'huile, la jauge de carburant et l'indicateur de température de l'eau. Passons du style à la mécanique. Les lignes "dessinées par le vent" se conjuguent avec un moteur avant-gardiste de 1290 cm3, qui développe une puissance maximale de 65 ch à 6000 tr/mn. Avec une vitesse de pointe de 165 km/h, la Giulietta Sprint est la voiture la plus rapide de sa catégorie.

Le moteur à quatre cylindres en ligne de 1,3 litre est réalisé en aluminium (une "première" absolue dans l'industrie automobile), tout comme le carter de la boîte de vitesses et le boîtier du différentiel. Les chemises des cylindres sont reportées en fonte spéciales ; la distribution est du type à double arbre à cames en tête (une autre exclusivité parmi les moteurs de petites cylindrée de l'époque), tandis que la vilebrequin bénéficie de cinq paliers.

Cette voiture à traction arrière adopte également un levier des vitesses au volant (un levier à coiffe sera disponible à partir de 1957) et un frein à main "à tringle", situé sur la planche de bord, à gauche du volant. La suspension avant est à roues indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, doubles triangles transversaux et barre stabilisatrice ; la suspension arrière est elle aussi à roues indépendantes avec ressorts hélicoïdaux, triangle supérieur et tirants. Le freinage est garanti par quatre tambours réalisés par Alfa Romeo en ayant recours à un procédé de fusion spécial.

Gage de performances brillantes et d'un excellent comportement routier, la Giulietta Sprint représente à cette époque ce qui se fait de mieux dans le domaine automobile. A ces qualités, elle ajoute une gamme d'options absolument unique à cette époque-là : un ensemble de valises munies de courroies pour les arrimer aux assises des places arrière (une banquette est disponible en option) ; les phares antibrouillard ; l'autoradio ; le tableau de bord revêtu de similicuir ; la sellerie en cuir ; les déflecteurs aérodynamiques ; le volant sport à trois branches en aluminium et bois. La palette des teintes de carrosserie s'enrichit de nouvelles références : Azur Iseo, Azur Capri, Rouge Alfa, Blanc Gardénia, Noir, Vert Claire, Bleu Très Clair, Gris Très Clair, Beige Banane et Bleu Hiver. Enfin, lorsqu'un client choisit une ou plusieurs options, sa voiture est personnalisée en apposant une bague chromée autour de l'écusson Alfa Romeo arrière.

En l'espace de quelques mois, la Giulietta Sprint remporte un incroyable succès commercial, prête à débarquer aux Etats-Unis en version America. Par rapport à son homologue européenne, cette version se distingue par une garniture chromée qui entoure et divise en deux les petits groupes optiques arrière ainsi que par le filet chromé qui enrichit les deux "moustaches" latérales de la calandre. A l'intérieur, la Sprint America propose le tachymètre en milles.

Une curiosité : au Salon de Paris de 1954, Alfa Romeo présente prototype dénommé "Manuali" car il avait été utilisé quelques mois auparavant pour réaliser les notices et les photos officielles du modèle.
 

1956 : ELLE DEVIENT "VELOCE" POUR TRIOMPHER
Deux ans après ses débuts, la Giulietta Sprint choisit de nouveau le Salon de Turin pour présenter une autre nouveauté en avant-première internationale : la Giulietta Sprint Veloce (Ière série). Sur le plan esthétique, hormis les sigles d'identification, il n'y a pas beaucoup de différence par rapport à la Giulietta Sprint.

La mécanique et les performances méritent par contre un discours à part. En effet, par rapport à la Sprint, cette version se caractérise par l'adoption de deux carburateurs Weber et un allégement des parties mobiles de la carrosserie ainsi que des pare-chocs, réalisés en aluminium. Tant la lunette arrière que les vitres latérales coulissantes (celles de la Sprint étaient par contre descendantes) sont réalisés en perspex, avec des cadres en aluminium. Ce dernier matériau a été retenu pour les garnitures qui entourent les projecteurs avant. Dans l'habitacle, le niveau de finition est encore plus "spartiate" que celui de la Sprint : panneaux de portes concaves, rangement ouvert, sièges simplifiés et plus enveloppants. La Giulietta Sprint Veloce a été "allégée" de plus de 72 kg (son poids en ordre de marche est de 780 kg).

Plus légère, cette version est surtout équipée d'un moteur plus puissant. Les ingénieurs du Portello ont directement travaillé sur le moteur de 1,3 litre, dont la puissance maximale atteint désormais 80 ch à 6.500 tr/mn (ils deviendront 96 avec la IIème série de 1959). Ce résultat a été obtenu grâce à l'augmentation du rapport volumétrique, à l'adoption d'une nouvelle distribution avec un différent calage des arbres à cames, ainsi que de collecteurs d'admission simple, munis de deux carburateurs à double corps Weber 40 DCOE3, alimentés par une pompe à essence électrique Bendix. Ainsi modifié, le "4 cylindres" est moins souple, mais monte très facilement en régime, jusqu'à atteindre une vitesse de pointe de 170 km/h (175 pour la IIème série de 1959).

Puissante et impétueuse, la Giulietta Sprint Veloce a été conçue pour les compétitions. En effet, elle participe dans les années 50 aux Mille Miglia, Targa Florio, Tour de France et Rallye de Sestrière, où elle se bat avec acharnement, en dominant face à des voitures de cylindrée supérieure. Ces exploits suscitent l'intérêt des clients qui, sans avoir l'intention de participer à des compétitions, recherchent néanmoins une voiture de sport racée. C'est pour eux que le Constructeur lance en septembre 1957 une version plus "touristique", officiellement dénommée "Confortevole". Produite en série limitée (environ 200 unités), elle conjugue le niveau de finition de la version "Sprint Ière Série" avec la mécanique de la "Veloce". A l'extérieur, la Giulietta "Confortevole" se distingue par les vitres descendantes en perspex (avec cadre en aluminium) et les projecteurs avant de large diamètre.

1955-1957 : LA FAMILLE GIULIETTA S'ELARGIT
La Giulietta Berline est lancée en avril 1955. Pour la première fois, un modèle "sprint", à la vocation résolument sportive, devient une automobile de série, destinée à tous ceux qui recherchent une voiture pratique et compacte, sans pour autant renoncer aux performances propres à un coupé de sport. La "la voiture de famille qui gagne aux compétitions" était née. Confiée à des champions, elle s'adjuge les trophées les plus convoités tandis que, selon un slogan de l'époque, "même la maman peut la conduire". Une nouvelle époque s'ouvre, dans laquelle Alfa Romeo jouera une fois de plus un rôle de précurseur pour "rendre le plaisir de la conduite sportive accessible à tout le monde".

Au mois d'octobre de la même année, c'est le tour de la Giulietta Spider, "la mademoiselle", comme l'appelle affectueusement Gian Battista Farina, qui a dessiné ses lignes élancées et très originales. Réalisée à partir de la plate-forme de la Sprint, mais avec un empattement réduit, la Giulietta Spider remporte un succès international. Aux Etats-Unis, elle est accueillie avec enthousiasme et saluée par la presse spécialisée, qui la définit : "un superbe exemple de continuité de cette tradition italienne qui, de par sa classe, permet de reconnaître immédiatement une Alfa Romeo".

Nous arrivons ainsi en 1957 et à la présentation de la Giulietta Sprint Speciale, issue d'une collaboration réussie entre Alfa Romeo et la Carrosserie Bertone. Cette voiture est équipée d'un moteur 1,3 litre de 100 ch à 6.500 tr/mn (vitesse de pointe de 189 km/h), accouplé à une boîte de vitesses à 5 rapports synchronisés. La version SS mesure 412 cm de longueur et 166 cm de largeur, avec un empattement de 225 cm.

Basse et pénétrante, la silhouette de la Giulietta SS est le résultat d'études aérodynamiques menées sur l'autoroute Milan-Turin. La voiture est à moitié recouverte de fils de laine, puis elle est prise en photo et filmée depuis un véhicule qui la suit. Ainsi, les turbulences d'air qui se créent dans certaines zones de la carrosserie, témoignées par le mouvement désordonné des fils, permettent aux stylistes de modifier les lignes de la voiture, au profit de ses qualités esthétiques et aérodynamiques.

 

1959 : LA GIULIETTA SPRINT IIÈME SERIE ET LA "DOLCE VITA"
Un soir, fin août 1958, Federico Fellini invita à dîner Tazio Secchiaroli, Carlo Bavagnoli, Pierluigi Praturlon, Sandro Vespasiani, Ezio Vitale, Guglielmo Coluzzi et d'autres. Il s'agit des célèbres "paparazzi", protagonistes des folles nuits romaines, prêts à "voler" des images, des histoires et de "scoops" à vendre aux journaux. C'est de cette rencontre que naîtra le film "La Dolce vita".

A la fin des années 50, Rome est la capitale du cinéma et de la jet-set internationale : Via Veneto est grouillante de monde ; les boîtes branchées et les hôtels de luxe sont fréquentés par des acteurs et des écrivains, tandis que les célébrités de l'époque se donnent rendez-vous aux tables des café à la mode. Un caléidoscope de langues, de musique, de parfums et de couleurs. Au travers de ces images, le monde entier découvre Via Veneto, Rome et l'Italie entière, qui était alors en train d'oublier les difficiles années d'après-guerre. Le "boom" économique explose : une richesse diffuse pousse les gens à redécouvrir la joie de vivre et d'expérimenter dans les domaines de l'art, du design, de la télévision et de la mode. Pour l'histoire de l'automobile aussi, les années 50 constituent une période incontournable.

Dans ce contexte, l'Alfa Romeo est l'un des protagonistes incontestées de par la classe, l'élégance et la sportivité de ses modèles. Les 1.900 Sprint, Giulietta Sprint et Giulietta Spider sillonnent les routes européennes avec style et raffinement, telles de grandes vedettes du cinéma. L'on pense immédiatement aux séduisantes Sofia Loren, Anita Ekberg et Brigitte Bardot, mais aussi à des actrices dotées d'un charme particulier et d'une grande intensité d'expression, telles que Anna Magnani et Giulietta Masina. C'est justement l'épouse de Fellini, marraine de la Giulietta, qui salue en 1960 la naissance de la voiture n° 100.001. Au cours des années de la "Dolce Vita", la mode italienne commence de s'affirmer dans le monde. C'est alors que naît ce qu'on appelle aujourd'hui l'"Italian Glamour". La Dolce Vita est associée à des valeurs fondatrices de l'identité et du charme de l'Italie : le style de vie, la qualité des spécialités gastronomiques et des vins, la créativité et un certain "savoir vivre". Et, surtout, la classe et l'élégance, qualités qu'Alfa Romeo a conjuguées avec la sportivité. La Giulietta Sprint représente le compromis idéal entre ces deux vocations, apparemment incompatibles, qui trouvent un équilibre magique dans la IIème Série de ce modèle.

24 juin 1958, autodrome de Monza : Alfa Romeo présente la Giulietta Sprint IIème Série, justement dénommée "prototype Monza". Cet événement revêt une importance particulière, car cette version a été dessinée par Giorgetto Giugiaro, qui travaillait à l'époque au Centre de Style Bertone. Les retouches du célèbre designer concernent essentiellement la partie avant : les prises d'air sont regroupées sous une seule grille ; les projecteurs sont surdimensionnés ; de nouveaux clignotants sont ajoutés ; les groupes optiques arrière adoptent un catadioptre séparé et l'éclairage de la plaque minéralogique est enchâssé dans le pare-chocs (conformément aux dispositions du nouveau Code de la Route de 1958).

Le moteur est le "classique" 1,3 litre, dont la puissance atteint désormais 89 ch, grâce à l'adoption de nouveaux collecteurs d'échappement, d'une culasse renforcée et de soupapes surdimensionnées. La boîte de vitesses est pourvue de synchroniseurs du type Porsche et d'une commande à soufflet. Quelques mois après, à l'occasion de la présentation officielle de 1959, les spécialistes découvrent un certain nombre de modifications par rapport au prototype "Monza" : par exemple, les feux de recul sont blancs (au lieu d'orange) ; les sièges, d'un nouveau dessin, sont revêtus de tissu en carreaux. Le moteur développe une puissance de 80 ch à 6.300 tr/mn et permet d'atteindre une vitesse de pointe de 170 km/h.

Malgré l'absence de changements majeurs à l'extérieur, la façon de réaliser la coque a considérablement évolué. En effet, après des années de travail quasi manuel, Bertone inaugure en 1960 sont nouvel établissement (à Grugliasco, près de Turin), où les coques sont assemblées par points de soudure électrique, en juxtaposant des panneaux entièrement emboutis par des presses. Présentée dans la même période, la Giulietta Sprint Veloce IIème Série bénéficie des mêmes modifications esthétiques (sans l'allégement de la carrosserie) et est équipée d'un moteur 1,3 litre qui développe 100 ch à 6.500 tr/mn et qui permet d'atteindre une vitesse de pointe de 174 km/h. La boîte de vitesses à 5 rapports de la version "Sprint Speciale" est disponible en option, avec supplément.

1960-1961 : EN COURSE AVEC LE VENT
La légende d'Alfa Romeo est née en grande partie des victoires sportives qui ont toujours été associées à cette Marque. Elles sont tellement nombreuses qu'elles constituent à elles seules une histoire longue et enthousiasmante, vécue par des hommes passionnés de moteurs et de solutions techniques avant-gardistes. Il est donc impossible de résumer en quelques pages le palmarès imbattable des bolides rouges du Portello. Rappelons plutôt quelques événements sportifs liés à la Giulietta Sprint, pour mieux comprendre comment est né et s'est développé au fil du temps, sur les circuits les plus difficiles, l'immense patrimoine technologique et mécanique qui permet aujourd'hui à la Marque de créer des voitures séduisantes et pleines de tempérament.

L'une de ces pages concerne le carrossier Elio Zagato auquel le pilote Massimo Leto di Priolo demande de transformer sa Giulietta SV, détruite lors d'une compétition. Le maître milanais intervient sur les lignes de manière tout à fait personnelle et avec la plis grande liberté en ce qui concerne notamment les matériaux de la carrosserie et des parties mobiles. A la place de l'acier, il utilise presque systématiquement un alliage léger qui permet de maintenir le poids de la voiture au-dessous de 854 kg, limite prescrite par le règlement des compétitions de la catégorie Grand Tourisme (limite qui passera à 840 kg en 1962). Le prototype ainsi réalisé fait ses débuts en 1956 à Monza, en remportant la Coupe Intereurope.

La voiture plaît à la direction d'Alfa Romeo, qui en commande un certain nombre d'unités. Par rapport à la version Sprint Speciale, dont elle garde la mécanique et le moteur, la Giulietta SZ, produite entre 1960 et 1961, diffère sur le plan esthétique. Elle mesure 392 cm de longueur et 154 cm de largeur, avec une partie arrière légèrement bombée. Entre 1961 et 1962, c'est le tour de la Giulietta SZ Coda Tronca : la carrosserie est encore plus basse (la hauteur passe de 125 à 123 cm), les freins avant sont à disque et la silhouette se termine par un arrière tronqué, muni d'une lunette panoramique. Cette version atteint une vitesse de pointe de 200 km/h et, par rapport à la SZ, mesure 8 cm de longueur en plus et 4 cm de largeur en moins. Au total, la Giulietta SZ est produite à 217 unités.

Mais la transformation réalisée par Zagato n'est pas la seule opération qui a contribué à créer le mythe de la Giulietta Sprint en tant que "voiture de sport racée". Rappelons, par exemple, la Sprint Veloce du pilote Rabino, entièrement redessiné par Sergio Scaglietti, carrossier des Ferrari. Ou encore la Giulietta Special, surnommée "Goccia" pour ses lignes audacieusement aérodynamiques, réalisée par le carrossier Michelotti et mise au point par le mécanicien Conrero pour le pilote Francesco De Leonibus qui, sur le circuit de Monza, fait enregistrer une vitesse de pointe de 272 km/h.

1962 : LA GIULIETTA DEVIENT "GIULIA"
Cette brève synthèse de l'histoire de la Giulietta se termine en juin 1962, lorsque le modèle change de nom et de cylindrée. Sur la piste de Monza, Alfa Romeo présente la Giulia 1600 Sprint, version de la Giulietta Sprint équipée d'un moteur de 1570 cm3, qui développe 92 ch à 6200 tr/mn et qui permet d'atteindre une vitesse de pointe de 172 km/h.

La Giulia Sprint 1600 réalise un compromis idéal entre une mécanique plus évoluée et plus puissante et les lignes intemporelles de la Giulietta. Les différences par rapport à la deuxième série de la Giulietta Sprint ne sont pas très nombreuses : le capot moteur a été redessiné et les clignotants latéraux sont devenus rectangulaires ; les panneaux des portes sont entièrement revêtus en similicuir et les freins adoptent des tambours surdimensionnés. Bien entendu, le logo "1600" est apposé sur les flancs et le coffre à bagages.

Dans l'habitacle, la planche de bord a presque entièrement été redessinée. Revêtue en similicuir, elle accueille des nouvelles commandes pour le réglage de la température de l'air. Les sièges, plus confortables, sont d'un nouveau dessin, tout comme le volant, toujours en bakélite noire, mais avec trois branches en aluminium. Enfin, à partir de la première moitié de 1963, les stylistes modifient le graphisme du tableau de bord, dominé par une instrumentation sur fond noir. La Giulia Sprint 1600 sera produite à plus de 7.100 unités, dont les dernières en 1964.

1964 : "1300 SPRINT", UN DERNIER HOMMAGE AU MYTHE
Dans l'histoire de la Giulietta, il y a même eu un événement qui ne se produit que très rarement dans l'industrie automobile. Quelques temps après avoir cessé la production de la Giulietta Sprint, Alfa Romeo décide de reprendre l'assemblage de plus de 1.800 unités, jusqu'à la fin de 1965. En réalité, la voiture présentée lors du Salon de Genève de 1964 s'appelle simplement "1300 Sprint". Toutefois, ses lignes, sa cylindrée et son volant à deux branches rappellent indiscutablement la glorieuse Giulietta. Cette version particulière reprend également certains élément de la Giulia 1600 Sprint : les instruments disposés sur une même rangée, les clignotants latéraux et le système de freinage, avec des disques à l'avant. Les flancs et le coffre arborent le sigle "1300".

La "1300 Sprint" se veut le dernier hommage à l'un des modèles Alfa Romeo les plus importants de l'histoire de l'automobile, qui a inspiré une autre grande voiture : la "Giulia Sprint GT", qui sera fabriquée à 225.000 unités. Mais il s'agit là d'une autre histoire...

ALFA GT, DIGNE HERITIERE DE LA FAMILLE GIULIETTA
Alfa Romeo a écrit des pages glorieuses de l'histoire de l'automobile, dont les protagonistes sont des voitures, des concepteurs, des compétitions et des moteurs qui ont marqué le progrès technologique et les succès sportifs du XXe siècle. Ce "fil rouge" idéal unit tous les modèles de la Marque, dont les solutions techniques et les motifs esthétiques sont réactualisés lors du développement de chaque nouvelle voiture. Aujourd'hui tout comme hier, les stylistes et les techniciens d'Alfa Romeo puisent dans cet immense patrimoine pour dessiner et réaliser des voitures captivantes et pleines de tempérament, équilibre magique entre raison et sentiment, entre culture technique et créativité conceptuelle. Chaque modèle est la meilleure expression d'une personnalité inimitable qui rend toute Alfa Romeo immédiatement reconnaissable et différente de toutes les autres voitures que nous croisons quotidiennement. Et l'Alfa GT ne fait certes pas figure d'exception.

En effet, le nouveau coupé de sport est le meilleur exemple de la vitalité créative du Constructeur et de sa façon de concevoir l'automobile : non pas comme un simple moyen de transport, mais comme un objet capable de procurer des sensations "authentiques", qui franchit la frontière entre l'utilitarisme et les émotions : du goût esthétique à la passion pour la technique sophistiquée, au plaisir de conduite et à l'expression de son propre tempérament.

Le nouveau modèle renferme l'énorme patrimoine d'excellence de la Marque en matière de moteur dans des lignes issues de l'élégance et de la classe italiennes. Les stylistes ont d'ailleurs pu s'inspirer de la glorieuse tradition d'Alfa Romeo qui, dans la catégorie Grand Tourisme, a réalisé des modèles qui ont marqué des étapes fondamentales dans l'histoire de l'automobile : de la 1900 SS à la Giulietta Sprint, à l'Alfetta et à la Giulia Sprint GT.

Pour les passionnés de voitures, voici une brève synthèse de ces modèles historiques, chacun desquels a offert un détail esthétique à la Alfa GT et qui lui ont tous transmis leur tempérament de "sportivité élégante".

A commencer par la Giulia Sprint GT. Dessiné en 1963 par Nuccio Bertone et présenté d'abord à Arese puis au Salon de Francfort, ce coupé extraordinaire est un développement esthétique de la Giulietta Sprint. Plus compacte, grâce à son empattement légèrement plus court, cette voiture est caractérisée par des lignes élancées, pratiquement dépourvue d'ailes en relief, avec des groupes optiques enchâssés dans la calandre et la partie arrière. Equipée d'un moteur 1600 de 103 ch, la Giulia Sprint GT peut accueillir jusqu'à quatre personnes et sera produite à plus de 22.600 unités jusqu'en 1966. L'habitacle spacieux, le coffre à bagages généreux et le soin des finitions sont dignes d'une berline racée, pourtant caractérisée par un tempérament sportif insoupçonnable. A propos de ce modèle, on peut lire dans le magazine britannique Car and Driver : "Conduire cette voiture est un pur plaisir". Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si l'évolution de ce modèle affichera pour la première fois le sigle légendaire "GTA". Le 18 février 1965, Autodelta choisit le Salon d'Amsterdam pour présenter le coupé Giulia Sprint GTA, où le "A" indique "allégée". En effet, la coque extérieure est la même que celle de la GT, mais le revêtement intérieur est réalisé en Peraluman 25, alliage léger d'aluminium, manganèse, cuivre et zinc. A l'extérieur, la GTA diffère de sa "sœur" par les prises d'air avant, les poignées de portes et l'adhésif triangulaire Autodelta.

L'Alfa GT est la digne héritière de cette voiture du début des années 60, qui a remporté un énorme succès commercial et sportif. Comme en témoignent les deux autres versions du modèle : la Giulia berline TI et la Giulia Super 1600. La première, selon un slogan de l'époque, est une voiture "modelée par le vent". Ses lignes sont révolutionnaires : une partie basse, encadrée par quatre projecteurs ; un capot plongeant ; un pare-brise fuyant, semblable à celui d'un avion de chasse ; une partie arrière tronquée. Le moteur à quatre cylindres de 1570 cm3 développe une puissance de 92 ch. La Giulia Super 1600 de 1965 propose des sièges rembourrés enveloppants et un tableau de bord revêtu de bois. Le bas des portes est souligné par un profilé chromé, tandis que les pare-chocs sont en acier inoxydable. Cette allure raffinée cache une puissance et un couple remarquables : respectivement, 98 ch et 13,3 mkg.

Tout comme la Giulia Sprint GT, le nouveau modèle Alfa Romeo évoque une autre voiture prestigieuse : la Giulietta Sprint, dessinée en 1954 par Nuccio Bertone et que beaucoup considèrent comme le chef de file des modernes Grand Tourisme de sport. Du reste, avec une vitesse de 165 km/h, il s'agit de la voiture la plus rapide de sa catégorie. L'année suivante, au 37ème Salon de l'Automobile de Turin, c'est le tour de la berline : 1290 cm3, 53 ch et 140 km/h (62 ch et 145 km/h en 1962). C'est ce qui se fait de mieux dans cette catégorie, comme en témoigneront les automobilistes. Durant à peu près dix ans, la Giulietta - Sprint, Berline ou Spider - gardera intact son charme, en permettant à la production Alfa Romeo de passer de quelques dizaines à des centaines de milliers d'unités. Plus encore que par sa cylindrée et ses dimensions, assez compactes, ce modèle entre dans l'histoire des berlines de sport Alfa Romeo par le concept qu'il introduit dans le paysage automobile de l'époque : des lignes épurées et captivantes, qui rappellent celles d'un coupé ; une mécanique avant-gardiste ; une puissance élevée et une tenue de route irréprochable.

L'Alfetta est le troisième point de référence du nouveau coupé de sport Alfa GT, dont il partage les lignes originales, capables d'allier des dimensions hors tout compactes, une excellente habitabilité et un coffre à bagages ayant un volume utile de plus de 0,5 m3. Commercialisée dès 1972, l'Alfetta berline devient immédiatement le symbole de cette décennie. Le mérite en revient à la qualité du projet, qui conjugue un style captivant et agressif avec un moteur brillant, une mécanique sophistiquée et des finitions soignées. Le moteur, qui a fait ses preuves, est un quatre cylindres à double arbre 1.8 de 122 ch, qui permet d'atteindre une vitesse de pointe de 180 km/h. La voiture pèse à peine un plus de 1000 kg et mesure 4,28 mètres de longueur.

En 1975, la gamme du modèle s'enrichit d'une version équipée d'un moteur 1.6 de 109 ch (identifiable à l'extérieur par une partie avant intégrant deux projecteurs), tandis que la 1.8 fait l'objet de quelques retouches. L'Alfetta 2.0, présentée deux ans après, est complètement différente : la partie avant, redessinée, est plus longue (+10 cm) ; les projecteurs sont rectangulaires ; la calandre, les pare-chocs, les feux arrière et l'habitacle ont été modifiés. La planche de bord est plus linéaire (dès 1978, sur la 2000 L, elle sera revêtue de ronce de noyer) ; les sièges et les panneaux de portes sont habillés de tissu de haute qualité. Le volant, le galbe des sièges et l'instrumentation sont inédits. La cylindrée plus élevée, gage d'une plus grande facilité de conduite, fait de l'Alfetta l'une des voitures les plus équilibrées de sa catégorie. A partir de 1979, elle est aussi la première berline équipée d'un moteur turbo diesel avec culasse en quatre parties (une par cylindre).

La sélection des voitures qui ont inspiré le nouveau modèle est complétée par la 1900, dont les versions coupé Sprint et Super Sprint atteignent une vitesse de pointe de 190 km/h. En créant en 1950 la 1900, Alfa Romeo invente la "berline de sport", première voiture de la Marque avec carrosserie autoporteuse. En créant celle qui sera définie "la voiture de famille qui gagne aux compétitions", Alfa Romeo a introduit un nouveau concept dans l'histoire de l'automobilisme : celui de la berline hautes performances destinée à une utilisation quotidienne. Cette berline à quatre portes, dont certains traits annoncent les lignes de la Giulietta, offre un habitacle spacieux, pouvant accueillir confortablement cinq personnes et un enfant assis à l'avant, grâce à la boîte de vitesses au volant. Cette voiture pour la famille est néanmoins équipée d'un brillant moteur à quatre cylindres en ligne de 1884 cm3 et 90 ch. Ce modèle remporte de nombreuses compétitions : le Tour de France, la Targa Florio, la Stella Alpina et la Coupe des Alpes.

Dans l'ensemble, l'Alfa GT réactualise ces quatre modèles mythiques, au travers de lignes extrêmement modernes, où la perfection des détails fait la différence. Bien entendu, le retour au passé ne signifie pas proposer les mêmes lignes que celles d'une voiture précédente. Cela signifie par contre se rapproprier des stylèmes qui appartiennent à la tradition d'Alfa Romeo pour le interpréter en faisant appel à la technologie la plus évoluée et en fonction des goûts de la clientèle actuelle.

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